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Le Covid-19 achève le Mondial de l’auto


« Au regard de la gravité de la crise sanitaire sans précédent face à laquelle le secteur automobile, frappé de plein fouet par l’onde de choc économique, joue aujourd’hui sa survie, nous sommes contraints d’annoncer que nous ne serons pas en mesure de maintenir dans sa forme actuelle le Mondial de l’Auto à la Porte de Versailles pour son édition 2020» (prévue du 1er au 11 octobre 2020), ont prévenu le 30 mars, par voie de communiqué, les organisateurs.



C’est d’autant plus un coup de tonnerre qu’une nouvelle équipe en avait pris les commandes il y a près d’un an, après l’éviction surprise de Jean-Claude Girot, commissaire du salon et DG d’AMC Promotion, qui avait pourtant sauvé les meubles de l’édition précédente en 2018. Cette structure historique a été adossée en janvier 2019 à la PFA (plate-forme filière de l’automobile), juste après la nomination de son président, l’ancien ministre Luc Chatel, qui avait aussitôt annoncé sa volonté de recourir à un spécialiste de l’organisation de salons pour révolutionner le genre. Marché remporté par le groupe de communication Hopscotch. Outre la pandémie, c’est l’argument économique qui dicte aujourd’hui la décision d’annuler le Mondial 2020. Parler de survie n’a rien d’exagéré, la filière étant confrontée à l’arrêt des chaînes de production (Volkswagen a perdu 2 Md€ par semaine en mars) et à l’effondrement des ventes de modèles neufs (-72 % en France par rapport à mars 2019 et environ -95 % en avril !). Le tout, alors que les constructeurs sont déjà fragilisés par les lourds investissements consacrés à l’électrification de leurs gammes afin d’essayer d’échapper aux colossales amendes brandies par Bruxelles à partir de 2021 (sauf possible report vu l’ampleur de la crise). Car aucun d’entre eux ne parviendra à réduire suffisamment dès cette année les émissions de leurs gammes à 95g de CO2/km en moyenne. A raison de 95€ d’amende par gramme supplémentaire et par voiture neuve vendue (sur la base de l’ancienne norme NEDC corrélée, désormais remplacée par le WLTP encore plus sévère), ce sont quelque 15 Md€ qu’ils auraient à verser (étude PA consulting) : de 18M€ pour Toyota à près d’un milliard pour PSA ou l’Alliance Renault-Nissan, la palme revenant à Volkswagen avec 4,5Md€ ! Les organisateurs ont choisi de tout stopper tant qu’il était encore temps d’annuler sans avoir d’indemnités à régler à Paris Expo, avec la bénédiction des constructeurs qui s’éviteront la conception-fabrication de coûteux prototypes et de stands.



Certains observateurs plus perfides évoquent une autre cause de cette annulation : le scepticisme de bien des marques (une dizaine avait déjà, selon nos informations, renoncé à participer) face à la métamorphose prévue du Mondial parisien. Appelé à devenir le «Paris Motion Festival», l’idée était de poursuivre le mouvement amorcé lors de l’édition 2018, en multipliant les animations telles que le «Movin-On » (rencontres sur la mobilité durable), «Smart City» (expo sur les nouvelles mobilités), les événements hors les murs (centres d’essais, démonstrations de véhicules autonomes… festival de mode !). Volets maintenus pour le moment. «Rien ne sera comme avant, et cette crise doit nous apprendre à être agiles, créatifs et plus que jamais innovants», concluent les co-organisateurs confirmant que c’est l’existence même des grands salons internationaux qui est en jeu. En attendant, Pékin a profité de l’aubaine pour décaler son salon du 26 septembre au 5 octobre… Un vrai passage de témoin avec Paris.



Pascal Pennec



Photo : Mondial de l’auto 2018. © Pascal Pennec



 
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